
Au
Championnat du monde d'athlétisme d'Osaka, Liu Xiang a enfin remporté sa médaille d'or aux 110m haies.
Photo
Xinhua.
Un article paru sur
Aujourdhuilachine.com détaille le système universitaire chinois, et la pression constante que subissent
les élèves: pression pour être les meilleurs, aller dans les meilleurs cours, avoir le meilleur réseau de relations, pression sur les examens, relations de rivalité entre les étudiants,
enseignement mal adapté aux besoins du monde moderne, et enfin chômage menaçant une fois le diplôme obtenu...
"Les millions d'étudiants chinois vont rejoindre, dans quelques jours, les rangs de leur université. Jeunes premiers ou doctorants, la pression du
travail et de l'étude semble toujours plus forte sur les campus.
À l'Université du Peuple, une des plus prestigieuses institutions de Chine, on s'apprête à accueillir les meilleurs élèves du pays minutieusement sélectionnés parmi les meilleurs lauréats de
l'examen final du lycée, le Gaokou, ainsi que tous les bienheureux déjà intégrés qui y poursuivent leur cursus. Mais pour tous ceux qui ont accompli ce parcours idéal dont rêvent tous les parents
chinois, la déception pourrait parfois être cinglante. Examens à répétition, concurrence accrue, absence de solidarité, pression familiale : l'université sera plus difficile encore que la
délicate épreuve du Gaokou.
Avec ses petites lunettes rondes, cerclées argent, son visage clair et ses pommettes préservées du soleil, Kou Linjiu possède tous les traits de la bonne élève, studieuse et persévérante. À 17
ans à peine, elle a intégré l'année passée, le département de communication et de journalisme de l'Université du Peuple et se prépare à entamer avec brio sa deuxième année.
Comme beaucoup Linjiu n'est pas originaire de Pékin mais de la province du Zhejiang. Avec un score de 648 sur 750, elle est sortie 10ème du Gaokou de sa région. Première dans le meilleur lycée de
sa province, c'est pleine d'espoir qu'elle a intégré l'université pékinoise, pensant en avoir fini avec les examens quotidiens et les mises en rang , ordonnés selon les résultats scolaires
et scandés par le haut parleur, dans la cour du lycée.
« Le journalisme enseigné ici est loin d'être ce que j'imaginais. C'est ennuyeux. La plupart des sujets ne concernent que la politique du Parti. On y enseigne essentiellement Marx et Mao
Zedong. Les options sont minces et les étudiants trop nombreux ; on ne peut donc pas choisir ses cours car les bons professeurs sont pris d'assaut" se désole-t-elle. De sa chambre qu'elle partage
avec six étudiantes venues d'autres provinces, elle se plaint beaucoup des conditions d'internat qu'elle estime pitoyables.
« Ce qu'il y a de plus difficile ici, c'est la vie universitaire elle-même et le manque de solidarité. Le Gaokou me stressait, mais à l'époque j'étais chez moi et les relations avec mes
camarades étaient bonnes. Nous étions tous nés dans le même coin. Ici, nous sommes tous dans une concurrence frénétique. Il y a peu d'amitié, il n'y a que des relations de rivalité!".
Pour assister aux cours des professeurs les plus réputés, la recette est simple, il faut faire parti du syndicat de l’Union des Étudiants, sorte de relais pour devenir un futur membre du Parti
Communiste.« Au lycée on m’avait proposé de m’inscrire sur la liste des postulants au Parti mais j’ai refusé. La plupart du temps, ça commence à l’université », explique-t-elle.
Être membre du Parti suppose d’être à la fois volontaire et choisi par l’université. « Le problème c’est que la concurrence est vraiment rude à l’université car les enjeux pour l’avenir sont
immenses. Si tu es bon élève pendant les quatre premières années, l’université te finance ton master voire ton doctorat et te dispense des examens d’entrée. Mais l’accès aux meilleurs cours n’est
possible que si tu es membre de l’Union des Étudiants ou membre du Parti. À résultats équivalents, les Membres du Parti sont toujours privilégiés. Du coup, la pression est extrêmement forte et
sans assurance, car le mérite seul ne suffit pas. Dans ces conditions, beaucoup craquent » s’insurge Linjiu. La jeune étudiante a décidé de se lancer dans le journalisme sportif afin
d’échapper, pense-t-elle, à ce genre de compromissions.
La réussite scolaire est la seule voie envisagée par les familles pour leur progéniture. Elles n’hésitent pas pour cela à faire les plus grands sacrifices. Les études universitaires, gratuites
auparavant, sont aujourd’hui payantes, en moyenne 600 euros par an. Pour tous ceux qui sortent de la voie convenue, le sentiment d’être un enfant indigne est fort.
À son arrivée à l’université, Linjiu se souvient du corps de cette jeune fille étendue sur le parvis, qui sous la pression avait décidé de mettre fin à ses jours. Le suicide des jeunes est un
véritable problème en Chine et est le premier taux de mortalité chez les 15-34 ans. Selon une étude de l’ISEA (Institut de Santé des Enfants et Adolescents de l’Université de Pékin), 6,7% des
15000 élèves interrogés dans 13 provinces avaient déjà effectué une tentative de suicide, et 20% d’entre eux l’avaient déjà sérieusement envisagé.
Wang Yufei affirme ne pas être concerné par ce problème et a choisi de faire parti du système. À 20 ans, étudiant en deuxième année d’économie à l'Université du Peuple de Pékin, il s’est inscrit
dans toutes les associations possibles et envisage d’être membre du Parti. Excellent élève, il n’est cependant pas aussi travailleur que Linjiu et mise beaucoup sur ses relations. « Les
associations ont des niveaux différents. L’union des étudiants donnent d’énormes avantages. Si tu n’en fais pas partie, tu te prives de réussite » explique-t-il.
Originaire de Mongolie, de minorité mandchoue, Yufei est sorti 10ème de sa région au Gaokou. « Les universités de Pékin ont des quotas, 80% de leurs élèves sont originaires de la
capitale et 20% viennent des provinces. Donc, en région, la concurrence est très dure car seuls quelques-uns y auront accès. Et puis, chez moi, on a une idéologie de la campagne. Mes parents
m’ont toujours mis une pression folle pour que j’intègre les meilleures écoles. Encore aujourd’hui, je n’ai pas le choix. C’est pourquoi je pense qu’à terme, je vais essayer de passer quelques
temps dans une université étrangère car on dit que la vie y est plus facile », se réjouit Yufei.
« La société ne reconnaît que le succès de l’étude en définitive. Si mes parents ne m’avait pas pressée d’être la meilleure parmi les meilleurs, j’aurais sans doute choisi une discipline
que j’aime dans une université plus modeste qui me permette d’étudier sereinement » raconte Linjiu.
Après les études, il faudra, probablement compter sur un autre type de pression, le chômage croissant des jeunes diplômés. Le Ministère du Travail indiquait que 1,24 millions d’étudiants, dont
200000 à pékin, seraient susceptibles de rejoindre les rangs des chômeurs urbains à la rentrée 2007."